jeudi, avril 22, 2010

L'hôpital m'a coûté un bras.

Je suis manchot ce soir.

Il y a à peu près 2 voire probablement 3 semaines (éventuellement), je me suis fait mordre.
Ce n'était pas un Zombie ou une autre morve vivante sortie d'un film de Georges Gros-mes-rots.

Non je me suis fais simplement mordre.
Ou pincer puissamment avec les dents. Rayez la mention inutile.

Bref j'attends qu'on s'occupe de moi dans cette salle des urgences.
La blessure fait pas trop mal encore.

Là, un médecin m'osculte et me dit comme ça un peu : "houlala mon petit monsieur, on va vous garder".
Alors je reste et on me fout dans une chambre à côté d'un remake de "Top Gun à la brocante de Quincy-voisin."

Les premiers jours sont agréables.
Je mange bien, Je me change les idées, je matte les derniers films en vogue dans nos contrées.
J'ai eu la visite de l'infirmière m'indiquant qu'on allait m'apporter le remède pour mon bras.

Pour l'instant ça va, je pigne pas encore assez pour en avoir besoin.

Les jours passent.

Tous les jours ma petite infirmière dodue passe me voir, en m'indiquant que mon remède va m'être administré d'ici peu.

Le soucis, c'est que chaque jour passant, la morsure sur mon avant-bras me fait de plus en plus souffrir.
C'est douloureux et du coup je me pose de plus en plus de questions quand à l'avenir de ce dernier, à savoir, comment vais-je faire pour éplucher mes carottes si il n'est plus là ? Comment faire pour préparer mes cakes aux olives et autres quatre-quarts dont je ne suis pas peu fier (sans vouloir me lâcher un jet de semence entre les chevilles dans le texte), faire la vaisselle ou jouer au ballon sur ma grande terrasse ?

"Boarf" me dis-je, en faisant confiance à cette petite infirmière, en me disant qu'elle m'apportera ce dont j'ai besoin.

Passent les jours encore une fois (ils sont payés pour ça quand même, merde) et la douleur devient de plus en plus insoutenable.

L'incertitude est servie avec une sauce aux questions de premier choix, ce qui rend les repas de l'hôpital moins agréables à déguster.

L'infirmière se fait de plus en plus rare.
J'en deviens légèrement agacé, mais je ne le montre pas.
Je suis poli et courtois.

Pourtant dès que je la vois, je n'hésite pas à lui lancer une légère allusion à mon dû.
"Oui oui vous en faites pas, je vous donne votre remède bientôt !"

Puis ces derniers jours devinrent vraiment atroces.
L'infirmière se pointait, toujours les mains vides.
Je lui demande pourquoi cela met tant de temps.
Elle me répond simplement qu'il y a beaucoup de paperasse à faire pour obtenir ce médoc, mais "Que ça va venir !".

Alors moi, je fais toujours confiance hein hé.

Aujourd'hui, je ne la crois plus.
J'ai beau lui demander, c'est toujours la paperasse, les délais, les médecins, la crise ou le nuage de cendres.
Elle ne veut pas rentrer dans les détails, forcément elle a pas le temps et c'est jamais le bon moment.
Sauf que la, je me ronge tellement les dents que j'en attaque les gencives, je saigne et du coup je tâche ma belle chemise.
Je perds accessoirement de l'appétit et j'ai surtout l'impression qu'on veut me la tailler en pointe, comme le dirai un très bon ami à figure mythologique avec qui il faut pas jouer la tailleuse, sous peine de se retrouver avec la Renardière au cul.

Alors après avoir essuyé un échec en demandant un rendez vous avec l'infirmière du fait de la présence de son supérieur dans les parages, j'ai voulu passer le cap.

Ca va les conneries main'nant.

Je voulais en finir avec cette situation qui stagnait lamentablement avec des promesses d'un avenir meilleur, avec un coucher de soleil, des satanés gosses qui crient dans les collines et des arbres... des arbres jolis qui gazouillent joyeusement parce qu'ils sont pleins d'oiseaux de tous types (seuls les pigeons des villes manquent à l'appel, parce que c'est des connards).

Je ne supportait plus de rester là comme une larve à regarder le plafond et à me faire chier.
Ma salive avait changé de goût.
Comme si sa date de péremption était atteinte.

Je suais comme un ado simiesque devant le vestiaire des filles.

Il était temps que j'en termine avec ce bras, car l'adolescence est un problème grave.

Je sors de mon lit, je cherche au hasard des couloirs la loge du concierge.
Après avoir passé 37 minutes montre en main à errer, j'arrive enfin à destination.

Là, je vois une machette.

Je l'équipe en main gauche, pose mon bras sur le bureau.
J'essaye de bien viser, ce serai con de faire une entaille dégueulasse.

Juste au-dessus de la morsure. Au niveau du coude.

J'inspire.

En une seconde, me reviennent tous ces doux moments passés avec ce bras.

Les concerts. Les tartines de chocolat.
Je ne pourrai plus me lécher les doigts pleins de cette pâte à tartiner dont on ne saura jamais si on doit utiliser un déterminant féminin ou masculin pour la désigner.

Fini les coups de téléphone tout en dessinant.

Fini les dégustation de nourriture grasse à deux mains.

Dans les RPGs, je préfèrerai plus jouer un personnage à 2 bras, qu'un elfe narcissique ou un nain puant.

Fini tout ça.

J'aimais mon bras.


Pendant que je voyageais dans le temps à 0 miles à l'heure et sans l'aide du Docteur Brown, mon subconscient s'occupa du sale travail. Il faut dire aussi qu'il était assez pressé d'en finir.

Quand j'étais revenu dans la loge du concierge, il me manquait un bras.


Les larmes aux yeux, effondré par terre, je criais des choses incohérentes.


Je remerciais avec beaucoup d'ironie, l'infirmière de m'avoir fait espéré un remède.

J'y croyais.

Mais allongé par terre, je lève la tête et je la vois.

Je ne sais voir si elle a les larmes aux yeux.

Je me dis qu'elle pense que c'est tant pis, un manchot de plus ou de moins "boarf" doit elle se dire en pause café à l'heure qu'il est, avec un sucre seulement s'il vous plait.
Ou l'inverse j'en sais rien.

J'y croyais.

Dans un coin de ma tête, une voix me dis que peut être un jour un autre remède me fera carrément repousser le bras. Et ce jour là, la vie sera aussi cool que sur les boîte de lait ou de céréales, sans les gosses parce que merde quand même, ils sont toujours là pour nous faire chier.


J'ai lancé des recherches dans mon cerveau pour arrêter cette voix et enfin pouvoir dormir tranquille le jour de la fête du travail.



Je suis manchot ce soir.