Ce sera pas pour ce soir non plus.
Alors comme ça, je sors de chez moi.
Et oui j'ai décidé, après avoir mariné près de 12h devant mon écran, de tenter une cohésion sociale avec mes collocataires d'existence, pas ceux que je trouve chiant mais les autres.
Pas de chance, cette même première catégorie ne se fait pas désirer, à peine ai-je mis le nez dehors.
Forcément en Jogging et les ongles colorés par la terre ou par la merde qu'ils n'hésitent pas à déloger de leur échappement digestif pour la renifler dans le but d'en connaitre la possibilité de consommation, ces simples péquenots cultivateurs de je ne sais quel légume que je consomme allégrement avec des poivrons dans une poêle, se révèlent être des gens pas très sociables et surtout très très cons.
C'est dommage.
Même si au premier au coup d'oeil je n'en ai pas l'air, je suppose être quelqu'un de sympathique.
Et j'émets une certaine sympathie envers les gens sympathiques.
Alors du coup, là je suis un peu déçu.
Des blaireaux des champs dans la ville, fallaitt pas s'attendre à de la finesse.
Premier sarcasme de la soirée merci bonsoir ("quelle gueule de con" ou je ne sais plus quoi, un truc de la campagne classique de type "il est pas comme moi, c'est pas normal alors je lui fait comprendre en rotant une réflexion directement puisée dans mon imagination de mon slip au niveau des noix").
Alors bon super génial.
Il est tard, la ville à cathédrale a déjà clôturé ses portes à double tour et voilà t'y pas que je regrette déjà d'être sorti prendre l'air.
A quoi bon sortir de chez soi si c'est pour se faire vanner gratuitement par le premier fermier qui découvre la ville ?
"Woaaa le mec est associable et il aime pas les paysans !"
C'est pas faux.
Continuons donc cette ballade.
Oula merde pas de chance encore une fois : droit devant voici un type malodorant, brandissant une 8*6 en fin de vie, le regard chauve et le crâne vague.
Un accent des rues bien senti, il s'approche de mon collègues avec des manières de gentleman des poubelles en lançant un exquis "Mour..armr Bonsoir, excusez moi de vous déranger ou de vous improtuner ou importuner je sais pas comment on dit."
Pour l'approche je mettrais 11/20 parce qu'il y a de la bonne volonté.
En progrès.
En revanche la suite est dégueulasse.
Ayant pratiqué un License de Tapeurologie, j'ai pu voir que dans les prochaines secondes qui suivaient cette interaction sociale déplorable, nous allions, moi et mes partenaires de soirée, nous faire taper 1 euro ou une cigarette.
Oui maintenant nous sommes 3.
Alors le type insiste.
Mon collègue, à qui la plupart des grognements étaient destinés, lui propose de lui donner une cigarette roulée à défaut de lui donner 1 euro parce qu'il ne peut pas.
Alors là intervient un deuxième type dans le type.
Il devient méchant et fait son dur en cuir.
"Quoi Quoi vazy Batard qu'est-ce kya ?"
- On a rien fait ducon la joie, c'est toi qui interrompt notre soirée peinard.
Et vu que nous sommes pacifistes et que toi t'es assez con pour venir nous faire chier avec 2 de tes potes derrières qui représentent ton courage à quatre mains, nous prèférons nous taire et regarder ailleurs en attendant que tu cesse de piétiner la merde sous ta chaussure qui semble être ton existence -
J'aurai bien voulu répondre ça à ce type là, en lui tirant les oreilles ou en lui calant une caresse rapide sur les choses de la vie avec mon tibia.
En effet j'aurai bien voulu.
Mais je l'ai pas fait.
A chaque fois que je vois ce genre de type (qu'ils soient vigiles à Marseille ou Punk à chien ratés dans des concerts divers) je vois un trou.
Un trou béant.
J'ai envie de rentrer dans ce trou pour leur carrer ma chaussure au train.
Mais une fois dans le trou, comment faire pour remonter ?
Si tu combats un monstre, tu deviens un monstre.
Oui mais des fois nous sommes obligés ?
Bah ouais mais bon.
Alors je vois le trou.
Mes tripes se transforment en plomb et j'attends.
J'aimerai agir mais je peux pas, parce que merde, j'ai pas demandé ça et puis j'ai pas envie de me faire frapper connement.
Ca mouline là dedans.
Mais pendant que ça moulinait, le type se retourne vers moi.
Son odeur me regarde droit dans le nez.
"Qu'est-ce qu'il a ce fils de pute là ?"
"Vazy batard kaiss kya ?"
"J'ai perdu 3 enfants vazy batard!"
(Après discussion avec des personnes qui connaissent ce type, le décès de ces enfants est en fait un prétexte pour combler son addiction au drogue à 5€ le paquet ou 500€ la ligne - NDMMLT)
"Je te baise moi batard vazy je t'encule"
Avec ce langage fleuri et cette odeur de bêtise qui m'étouffait, impossible de ne pas croiser son regard.
Alors je regard ailleurs.
J'attends que ça se passe.
Je suis obligé d'acquiescer ses propos passke sinon y'm tape.
Alors que dans mon intérieur étriqué, ça bouillonne putain, j'ai bien envie de lui mettre mon poing dans la bouche et aller lui chercher son dernier repas pour lui mettre dans le nez.
Mais vu qu'il n'a pas l'air d'avoir mangé ces derniers temps, je me dis que mettre les mains dans la bile et l'alcool c'est pas une bonne idée.
Mais bon.
Quand on hait, on fais pas gaffe à ses mains.
Obliger d'attendre que ce type finisse de vider sa tristesse sur moi, c'est comme regarder un concert à la scène bastille.
Quoi que là, je peux fermer mes doigts, j'aurai vraiment préfèré être à la scène bastille voir un concert d'un groupe extraordinaire(-ment aux fraises).
La loi des couilles n'est pas la meilleure.
Et à trop jouer avec messieurs, elle se détendent et un jour en descendant votre poubelle ou votre femme, vous vous prendrez les pieds dedans et là, il n'y aura plus personne pour vous aider lorsque vos cervicales auront rejoins votre nombril.
A ce moment là vous ne penserez plus qu'à la douleur qui sera longue voire très longue ou probablement super longue.
Quand vos voisins vous retrouveront à cause de l'odeur de l'urine que vous aurez déversée sur vous suite à un relâchement de votre prostate, il se diront simplement que vous étiez une merde.
Ils n'auront que faire que la vie ait été vache avec vous.
Mais gisant là, comme un contorsionniste asiatique en fin de carrière non échauffé, il vous sera impossible de "les taper" comme d'habitude et d'imposer votre justice d'ivrogne.
Alors vous verrez que de répandre votre malheur sur les autres n'aura servi à rien.
Seulement à vous donner une cyrose et des croûtes au niveau des aisselles et de l'entre jambe.
Et ce jour là, moi, je serai sorti acheter du pain.
Et dans là mon confort misanthrope je savourerai mon "Chaussé Au Moine" chimique à souhait, avec ma baguette exquise qui croustille sous la dent.
Et je ne penserai pas à votre mort.
Quel bon repas ce sera.
