Un jour j'aurai pu le faire.
Il ne pleuvait pas ce matin quand ce type est rentré par cette porte.
Et pourtant dans son coeur d'homme civilisé où l'attaché case est fourni dès la naissance, c'était l'équivalent de 2 tempêtes mélangées dans un bol climatique assez conséquent.
Détruit par ce que les gras costard appellent la crise, il pleuvait de l'eau du ciel dans son coeur.
Dans quelle cacade s'était il retrouvé ?
A contracter tous ces crédits rémunérés pour s'acheter des trucs qui ne serviraient qu'à l'intégrer dans toute cette populace ?
Et cette obligation d'être habillé propre un temps soit peu pour ne pas passer pour quelqu'un de louche dans cette bouillabaisse mondiale ?
Le porte de la cravate obligatoire, l'insupportable réflexe à donner son avis tout alors que la plupart s'en crissent joyeusement.
Tous les matins, ce type prenait un double bol au petit déjeuner.
Le premier contenant une large quantité de Corne Flai que se, riche en fibre pour produire un rendement quotidien d'étron triés sur un volet odorant.
Le Second riche en conversations stérile sur le temps qu'il fait dehors où d'autres sujet que seule la morale française m'empêche de dire que c'est de la rectalite sans condensation aseptisée de merde.
Et le coeur bordel ?
Et dans le coeur de ce type ?
Qui s'en préoccupe ?
Le "Ca va ?" que des hordes de glands libèrent tous les jours pour produire un très haut rendement de conversations stériles, est la pire insulte au rapport social quelconque.
Du coup ce type ne mange plus de céréales le matin, ce disant qu'il y avait autant de conversations stériles le matin que d'étron en préparation.
Alors du coup ce même type (passke je m'égare), passe la porte et la pluie ruisselle dans ses artères.
Le papier dégueulasse qu'il lit tous les matins avant le bol fatidique, indique clairement qu'il y a un problème de taille.
C'est la crise.
Et des connards crient dehors.
Les gens ont peur.
La page suivante est consacrée au réchauffement climatique.
Et des connard crient toujours dehors.
Mais ça les gens s'en cognent.
Les gouttes ruissellent trop.
Il pleut tellement dans son thorax que son pyjama hors de prix (ce bout de tissu qu'il a acheté pour avoir la classe pour dormir - Mais qui verra sa classe ? Personne ne veut le voir dormir - Il dort seul) est complètement mouillé.
Il essaye de pleurer, mais toute l'eau est concentrée dans son coeur.
Il avait bien fait d'écouter la télé : Il faut boire 1,5 l d'eau par jour.
Son coeur traîne sur le sol, ça coule sur le lino.
Il s'écroule sur le dos, ce dernier laissant déverser l'eau dans toute la cuisine.
A travers sa fenêtre, un rayon de soleil matinal vient frapper la partie frontale du visage.
Dans sa tête c'est l'effondrement.
A quoi ont servi toutes ces années dans les études ?
A quoi ont servi les achats de tous ces consommables qui ont contribué à cette vie étriquée ?
Il a peur.
Son coeur déborde.
L'eau va à présent dans ses poumons.
Soudain dans la cuisine peuplée de pain de mie Harry's sans croûte et de la fine fleur de la technologie Mixer qui n'aura servi qu'une fois pour épater les caramades de pénitence administrative, un vague soupçon aérien s'échappe du fond du larynx jusqu'au dehors de ses lèvres :
"J'aurai pu faire. J'aurai pu faire autre.
Je n'étais pas obligé.
Maintenant, je ne peux plus. J'ai fait.
J'ai fait à cause de tous ces yeux qui me regardaient.
Ces yeux avec des cerveaux derrière, qui jugent.
Ce ne sont pas les yeux qui jugent.
Les yeux sont payés par le cerveau pour voir.
J'étais moyen.
J'étais moyen.
Une femme ? Un homme ?
Pour de l'affection ?
Mais pourquoi faire ?
Pour reproduire l'espère humaine en dépit du bon sens et engendrer un enfant dans un monde éradiqué d'avance ?
Et faire comme les autres ?
Comme les yeux qui regardent ?
La norme.
Au lieu de suivre la direction des doigts j'aurai dû prendre la direction des tripes.
Et maintenant je ne contrôle plus ma psychomotricité.
Au lieu de suivre un truc chiant et avec trop de sécurité, j'aurai pu me mettre en péril, profiter de ma jeune fougue, pratiquer, tester.
Me nourrir de l'inconnu plutôt que de le combattre.
Me battre à mains nus contre lui et le manger cru sans avoir eu besoin de le réchauffer à coup de four quelconque.
Un jour j'aurai pu faire.
Que faire ?
Que ? ..."
La respiration s'arrêta.
Le son se tut.
Et dans un linoléum imbibé d'eau cardiaquement non-sanguinolesque, des tranches de pain de mie, des casseroles à induction onéreuse pour un usage latent, des bacs à épices qui sentent l'éternité d'inutilité, des fours à micro-onde réfugiant en leur sein des plats pré-pré-pré-préparés par des machines neutres, faisaient le deuil de ce type à qui elles appartenaient.
Ce type qui un jour, aurai pu le faire.
