La Caissière de Monoprix.
En plein centre de Chartres,
Là où fourmillent les Bourgeois
Cathos et autres m'as tu vu,
Travaille une jeune fille,
Au regard vague.
Elle se carresse les cheveux,
En attendant le ticket de caisse.
Elle a un léger strabisme extérieur
(J'entends par là qu'au lieu de dire merde à l'autre,
Son oeil veut s'en barrer de son orbite un peu),
Elle est fine,
Une manucure parfaite.
Etant depuis peu fanatique du DIY culinaire,
Je traîne dans les rayons du Monoprix Chartrain,
En quête de mozzarella, de jambon
Et d'autres choses que la morale française réprouve,
Comme par exemple la crème Fraîche.
Arrivé aux caisses,
La voilà,
Evasive comme toujours,
La main sur la machine à ticket de caisse,
Ce boîtier plastoc qui permet à ces mèches
D'avoir un contact régulier et délicat
Avec ses doigts manucurés à la perfection.
Posant mes choses sur le tapis roulant,
Je la regarde (sans avoir l'air de la fixer comme un fanatique de la grotte chaude)
Et me dis:
"Que fait-elle ici ?"
Elle aurai fait une excellente chef de projet pour une entreprise quelconque;
Elle aurai pu faire coordinatrice des affaire étrangères des oiseaux de France;
Elle aurai pu être chimiste;
Elle aurai pu étudier les formules des champs quantiques des particules;
(et non pas champ aquatique des libellules).
Mais non.
Elle est caissière à Monoprix.
A répèter sans cesse les même protocoles de politesses,
Aux femmes usées par le temps,
Aux vieux cons à bérets,
Aux pervers et consanguins de la région.
"Bonjour"
"7,O4€ s'il vous plait"
"Merci"
"Je vous laisse insérer votre carte"
"Voici votre ticket"
"Au revoir" ou "Bonne journée"
Cette petite chose fragile se touche toujours les cheveux,
Et, appuyant sur la touche "TOTAL"
Elle me demande donc les 7,04€ dont je vais devoir me délester le porte monnaie.
Quelle marge se fait monoprix sur la mozzarella ?
Le jambon coupé en allumettes ?
La crème fraîche ?
Elle s'en fout.
Elle se caresse les courtes mèches qui parcourent ses petites oreilles agiles,
Pendant que je compose mon code à l'abri des regards indiscrets des vieilles radasses de tous poils.
Je ne comprends toujours pas pourquoi elle est là.
Vit-elle (dans le rayon des eaux) avec un un routier de 27 ans, borné, alcoolique, ne rêvant que de faire des enfants dans le but de créer une race de supers routiers, qui auront comme faculté d'être infatigable au volant, gras sous le menton et avec un strabisme extérieur ?
Ou doit elle rembourser à ses progéniteurs, tout ce qu'elle à consommé étant petite fille ?
De plus, quand on voit ses collègues de travail,
Ces barriques qu'on pourrait allègrement et sans regret
Apparenter à Guy Carlier le forestier,
Sa fine silhouette ferait office d'offense à ces tas de viandes perfides et sournois
(je dis ça parce qu'une fois, l'une d'entre elle m'a escroqué de 5€ sur un yaourt mais bon je me plains, on (qui est con) me dira qu'il y'a pire ailleurs mais quand même quoi hé ho hé hein bon).
Paiement autorisé,
Je prends mon barda et rentre chez moi.
C'est le seul aspect de la consommation que je trouve joli.
